Le village de Sya, au coeur de la ville de Sya: intégrité ou intégration?

Ref.: 32
Domaine thématique: 01 Intégrité physique des paysages urbains historiques
Date de réception: 14/11/2008

AUTEURS (*Auteur principal)

GUIGMA, Léandre * (Burkina Faso) - Ecole Africaine des Métiers de l'Architecture et de l'Urbanisme( EAMAU)

RÉSUMÉ

Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, doit son existence à un site particulier, situé en plein centre-ville : le village de Sya. Circonscrit dans la fourche formée par les marigots Houet et Sanyo où résident respectivement des silures et des caïmans sacrés, le village de Sya forme un paysage culturel vivant par la ferveur de ses fils aux rites et cérémonies coutumières, de même que par sa physionomie et son originalité architecturale, qui restent perceptibles malgré les pressions urbaines, sociales et économiques de la ville moderne.

La ville de Bobo-Dioulasso a non seulement hérité du nom de Sya, mais aussi des principes constructifs et d'organisation spatiale de son noyau originel. En effet, les aménagements récents des quartiers résidentiels comme la zone SONATUR de Bobo 2010 à Bobo-Dioulasso ou celle de Ouaga 2000 à Ouagadougou, se réfèrent à des prescriptions architecturales fortement inspirées de l'architecture et de l'urbanisme vernaculaires. Le village de Sya se singularise par ses constructions en hauteur avec une dalle en terre reposant sur une structure de poteaux, de poutres et de poutrelles en bois ; les formes des immeubles sont toutes rectangulaires, la couleur terre des édifices est dominante et l'habitat est de type communautaire, constitué d'un amas de constructions enchevêtrées, véritable labyrinthe pour les touristes et étrangers. Tous ces principes de l'habitat traditionnel se retrouvent étrangement dans un projet de renouvellement urbain du centre-ville de Ouagadougou qui spécifie dans le cahier des charges applicables à la zone d'activités commerciales et administratives (ZACA), des hauteurs d'immeubles comprises entre quatre et sept niveaux, la couleur ocre imposée sur les façades extérieures des bâtiments ainsi que les formes rectangulaires infligées aux édifices, à travers un plan masse qui dispose les futurs immeubles sous la forme de patio d'ilots, conformément au principe communautaire d'aménagement à l'îlot.

Réciproquement, le paysage urbain historique de Sya sous l'influence de l'architecture contemporaine, remplace ses toitures en terre par des tôles ondulées et certains de ces murs réalisés en adobe, par des parpaings de ciment, menaçant ainsi l'intégrité physique du site. Devant cette menace grandissante, faudrait-il opter pour des solutions drastiques de sauvegarde de l'intégrité physique du site, au risque de le muséifier et de délocaliser tous les autochtones résidants incapables de respecter ces nouvelles prescriptions ? Ou alors faudrait-il laisser ce paysage historique se dégrader, se transformer progressivement puis s'intégrer au paysage urbain populaire de Bobo, et faire l'objet sans doute comme à Ouagadougou, d'un renouvellement urbain au regard de sa position stratégique convoitée en plein centre-ville ?

Des propos nuancés nous conduiraient plutôt à rechercher les matérialisations récurrentes des principes fondamentaux de cette architecture traditionnelle auprès des aménagements contemporains et à admettre quelques adaptations mineures qui pourraient améliorer la durabilité du paysage urbain historique Sya. Tels sont les questionnements qui fondent cette communication, mettant ainsi en exergue une autre approche de l'intégrité physique : la recherche de valeurs intrinsèques et duplicables et non celle d'une intégrité absolue.

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